Un Caméléon aux airs de Norman Bates

Tandis que le public prend place dans le théâtre éphémère de l’hôtel Radisson, le tonnerre gronde au loin. Sale temps sur Spa. Novembre s’est invité en plein mois d’août. Pour une fois, inutile de critiquer la météo. L’orage dont on sent monter la tension est un élément du décor du Caméléon. Disons le tout de suite, l’adaptation scénique et la mise en scène de l’œuvre de Jean Muno repose sur une combinaison subtile de sons, de lumière et d’objets divers. Il y a du baroque dans ce spectacle et c’est tant mieux car si le propos de l’auteur est de répondre « Rien » à la question « qui es-tu ? », force est de constater qu’à la question « que dit le texte ? », la réponse est aussi « Rien ». Certes, on pourrait considérer qu’il y a une solide cohérence entre le but recherché et le support textuel mais, une telle cohérence n’est pas satisfaisante.

La scène se présente au spectateur peuplée de fantômes. Comme une maison quittée par ses maîtres, tout le mobilier est recouvert de draps blancs, draps pour certains bordés de bleu, draps d’hôpital ? Au milieu de ce mobilier passé sous oubli, une main gantée de noir va surgir d’un paravent et entamer une danse inquiétante. Très vite, l’homme seul interprété par Nicolas Ossowski va surgir au milieu de ces draps. Un moment d’inquiétude titille le spectateur : cet homme seul n’est pas très audible, la voix est faible. Cette inquiétude va vite s’estomper car Nicolas Ossowski va mouiller la chemise au sens propre comme au sens figuré. En 70 minutes, l’acteur va occuper tout l’espace scénique et par son jeu, combler une certaine vacuité du texte. L’un après l’autre, les draps vont se lever pour mieux plonger le public dans l’effroi. Certes, on rit dans cette pièce mais jamais on oublie que cet homme seul est seul avec la folie. Il y a du Norman Bates dans le personnage interprété par Nicolas Ossowski, personnage qui vampirise l’espace et se désaltère d’une eau fort peu ragoutante où macèrent des dents.

Ce Caméléon nous offre une humanité en mille morceaux. L’homme est découpé, recomposé et libre comme peut l’être une marionnette ou un mannequin de vitrine de mode. Un œil cerclé de vaisseaux sanguins observe l’homme seul. L’homme s’adresse à cette monstruosité voleuse d’intimité en lui donnant le titre de maître, abdiquant ainsi toute velléité de liberté et sans doute de libre arbitre. C’est par le jeu de l’acteur et la magnifique mise en scène et adaptation scénique que le spectateur est convié à partager un moment inquiétant et troublant. Cette pièce aux habits insolites et parfois glauques est jouée dans un lieu chic et cosy. Ce contraste renforce encore, si besoin en était, l’effet déstabilisant de ce spectacle.

Bonne pioche pour le festival de Spa.

Fred Lecoeur

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