Huis-clos sans ménagement et avec talent

HC1Huis-clos est la célèbre pièce de Jean-Paul Sartre dont tout le monde connaît au moins la célèbre tirade : « l’enfer, c’est les autres ».

Trois personnages se retrouvent dans un salon meublé second empire dans l’attente de savoir ce qui va suivre. Ils sont morts. Ils sont en enfer. Ils ne sont guère sympathiques. Un quatrième personnage, interprété par Gérard Cheylus, est une sorte de garçon d’étage, pince sans rire, qui conduit les nouveaux arrivants dans leur chambre « second empire » et se prête, de façon laconique, au jeu des questions réponses. Réponses évidement évasives et sibyllines sur les lieux et leur nature.

Garcin, un journaliste/écrivain est interprété par Claude Rochet. Il est le premier à entrer dans la pièce. Son constat de l’absence de chaudron cuivré pour faire bouillir les âmes et autre oripeaux de l’enfer amuse le garçon d’étage et stimule notre imagination : s’il n’y a pas de chaudron comment tourmenter les âmes ? Garcin est rejoint par Inès, une employée des postes lesbienne, pas vraiment chaleureuse et plutôt du genre glaçon. Bon en enfer, cela peut être utile de refroidir l’atmosphère. Inès est interprétée par Isabelle Erhart. Le troisième personnage est Estelle, une mondaine sexy et sans état d’âme. Estelle est interprétée par Alicia Roda.

Si le décor Empire a plutôt l’air d’être du style piste aux étoiles (pour les sièges), les personnages établissent très vite un rapport de force entre eux. Le patron sera Inès et Garcin se révélera couard. La belle Estelle sera poursuivie des assiduités d’Inès et se jettera dans les bras de Garcin pour humilier Inès. Mais Garcin ne songe qu’à sa tranquillité et pactisera avec Inès. De temps en temps, les personnages pourront observer comme derrière un miroir ce qui ce passe sur Terre et à leur sujet.

La mise en scène fait parfois ressortir le côté comique de la pièce, au demeurant revendiqué par Sartre, mais surtout, elle exacerbe les tensions entre les personnages et singulièrement entre Inès et Estelle. La violence des rapports entre personnages est incontestablement recherchée par le metteur en scène qui est Isabelle Erhart. Huis-clos est une réussite. Le public est spectateur impuissant de l’ultime déchéance de ces âmes damnées. Il s’agit de les voir se dévorer en songeant qu’il est fort inutile de réquisitionner chaudrons, fourches et monstres. Les autres suffisent amplement à se procurer tortures et souffrances. Il suffit de les enfermer dans une chambre munie d’une sonnette d’appel défectueuse. Le théâtre de l’ange a la particularité de faire entrer le public par le coté droit de la scène. Cette géographie a pour effet de créer une forte proximité entre public et acteurs. La violence réussie de la mise en scène sera accentuée par cette proximité. L’effet est des plus captivant.

Les acteurs sont excellents. Aucune faute dans l’appropriation du texte. Le jeu est dynamique. C’est cette excellence des acteurs et plus particulièrement la remarquable présence d’Isabelle Erhart qui m’a conduit à aller voir « Recrutement » pour mon plus grand bien.

Précisons que la talentueuse Alicia Roda joue au théâtre des Brunes, à 19 heures 30,  » Chère Amazone » une pièce qu’elle a écrite. Nous ne l’avons pas vue, mais l’actrice a du talent, à suivre donc…

Huis-clos se joue au théâtre de l’ange à 14h25. La distribution peut être différente de celle qui est citéeSans titre-1 dans cette critique. 

Fred Lecoeur.

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