Des voix sourdes….pas muettes du tout et percutantes

image« Des voix sourdes » est une pièce de Koltès écrite en 1973 pour l’ORTF. La jeune compagnie TDP joue cette pièce au off d’Avignon 2016, après l’avoir créée à Paris en mai 2015.

Les deux premières impressions ne sont pas favorables : les membres de la troupe sont et font très jeune et la pièce est sonorisée.

Concernant la jeunesse de la troupe, on doute un court instant que la vie ait pu conduire leur personnage à tenir des propos si structurés et brillants sur l’existence. Mais très vite, la qualité d’interprétation des acteurs et actrices balaye cette crainte d’un trop grand déphasage entre le texte et ces jeunes personnages. Le metteur en scène et acteur, Fabio Godinho, pourtant si frêle, si maigre, si sec de corps et au visage si juvénile, nous fait vite mettre les notions d’âge et de temps (et donc d’expérience) à la poubelle des a priori. Il est convainquant, subtile, inquiétant, arrogant et si présent qu’il nous entraine au cœur du texte de Koltès. Il en va de même pour les autres membres de la troupe, réserve faite, peut être pour ce grand garçon qui se consume dans la contemplation du feu de cheminée…

Concernant la sonorisation, c’est à dire le fait que les acteurs parlent dans des micros, cela se conçoit aisément, pour des raisons pratiques, sur la scène de la Cour d’honneur du palais des papes, cela est moins compréhensible pour une petite salle en dehors des représentations données à des malentendants. Cette sonorisation est d’autant plus ennuyeuse que le matériel n’est pas de grande qualité et qu’un désagréable grésillement se fait parfois entendre et pollue la belle sonorité et cadence des mots de Koltès. Mais une fois encore. Le jeux efficace de la compagnie TDP nous fait oublier cet artifice technique et nous fait croire, à juste ou injuste titre, que cette sonorisation participe à la mise en scène. Bref, on oublie très vite et jeunesse des acteurs et sonorisation de la pièce.

Des voix sourdes, au sens propre ou au sens figuré, ont pour conséquence de rendre inaudible un message, un appel, uneimage déclaration d’amour, toutes ces choses si essentielles pour l’homme et qui transitent par le langage. Les personnages se croisent et s’enlacent physiquement mais une impuissance de communication persiste entre eux. Les voix sont d’autant plus sourdes, que l’argent vient étaler ses billets sur la tête ou sous les pas des personnages… Et dans notre monde, l’argent est trop souvent la voix qui porte le plus loin au risque de dénaturer bien des choses et bien des sentiments. L’errance des personnages est magnifiquement bien rendue par la troupe. Les membres de la troupes maitrisent incontestablement ce texte, ses méandres et ses subtilités.

Au final, il est heureux que cette pièce soit jouée par cette troupe respirant et exhalant la jeunesse. Le texte de Koltès en est renforcé et sa pessimiste vision de ces êtres aux voix sourdes nous accablent encore plus. Du bon et du grand théâtre.

« Des voix sourdes » au théâtre du Cabestan à 14 heures.

Fred Lecoeur

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