La « SOUMISSION » de Houellebecq

Le nouveau Houellebecq est dans les rayons, dans les médias, dans les discussions. A la différence du nouveau Nothomb (d’une périodicité plus fréquente et régulière), le nouveau Houellebecq, très attendu, déclenche une avalanche de commentaires et de prises de position.

Soumission H2L’auteur nous a habitué à une littérature coup de poing et en ce sens opposée à la majorité de la production française qui se distingue par une fadeur passe partout et un contenu aseptisé. La principale qualité de « Soumission », comme des précédents ouvrages de Houellebecq, est de faire parler et d’animer le débat. C’est remarquable dans un pays où la discussion est presque impossible surtout si on s’écarte des schémas dominants. Le principal danger de ce livre, comme de ses prédécesseurs, est d’être pris pour argent comptant et considéré comme une œuvre prédictive et fondée sur des éléments de faits tangibles et incontestables.

Une fois de plus, Houellebecq nous parle de la société et nous délivre une vision de l’état de cette dernière et de sa possible évolution. L’auteur va droit au but et nous parle de sexe et donc de fellations, de politique, d’individualisme et de lassitude citoyenne. L’individu est le centre du monde et ce centre est amorphe, comme endolori par plusieurs décennies d’une société de consommation castratrice tant sexuellement qu’intellectuellement : plus rien entre les jambes, plus de cerveau, plus d’avenir. Bref l’individu est une sorte de flan bi ou gay ou hétéro et mollasson.

L’œuvre de Houellebecq est l’œuvre d’un introverti, globalement misanthrope, ayant accès à des visions fulgurantes d’un avenir possible. Elle bouscule le « train train » de la production de la plupart des écrivains français en s’extirpant d’une vision et d’une expression bourgeoise et BCBG du monde. Houellebecq fait du rentre dedans et les coups sont commentés.

Malheureusement « Soumission » ne pourra que décevoir ceux qui découvraient à chaque nouvel ouvrage de l’auteur des pistes nouvelles, des impertinences bien vues et renouvelées. Déjà, la première soumission de l’auteur est celle du pitch du livre : Houellebecq envisage l’accès au pouvoir d’un parti musulman. C’est éventuellement quelque chose de plausible (après tout, la démocratie permet à toute majorité, coalisée ou pas, d’arriver au pouvoir) mais c’est surtout une soumission totale au discours dominant tendant à faire croire à la montée en force de l’islam et plus particulièrement de son dévoiement, l’islamisme. Houellebecq se soumet allégrement aux discours d’une certaine élite qui érige l’islam comme un danger pour la France. Toutefois, il suffit de lire les données de l’INSEE pour constater que l’Islam est loin d’être représenté par une majorité de français, ces derniers étant principalement sans conviction religieuse, puis catholiques, puis musulmans etc… Par ailleurs, le totalitarisme n’est pas un vice inhérent à l’islam, il suffit pour cela de jeter un regard lucide sur le monde pour constater que Guantanamo (où des individus sont emprisonnés depuis plus d’une décennie sans procès et sans respect des droits de la défense), la Corée du Nord (où existent des camps de concentration gigantesques dans lesquels une population est traitée d’une manière pire que celle réservée à des animaux), la plupart des conflits en Afrique (principalement téléguidés par la recherche de l’appropriation des richesses du sous-sol) où le sort réservé à Gaza en 2014 n’est pas le fait de musulmans intolérants, ces derniers étant souvent victimes, eux aussi, de totalitarisme. La première source de totalitarisme et de danger est surtout le capitalisme financier qui tient dans sa main le sort des peuples. En ce sens, Jack London dans le « Talon de fer », bien que rédigé il y a plus d’un siècle, était bien moins soumis que Houellebecq au discours dominant et pas du tout « à côté de la plaque » (pour adopter le ton libre de Houellebecq). Enfin, le lecteur sera déçu de retrouver dans « Soumission », l’éternelle et réchauffée vision d’une France partagée entre des hommes et des idées de gauche et des hommes et des idées de droite. La plupart de nos élites reposent leur analyse sur cette dichotomie surannée, obsolète et vermoulue de la société creusant ainsi l’écart entre élite et peuple qui lui ne se retrouve plus dans ce clivage de papa. Il est vrai, le recours à ce clivage et la simplification du discours qui lui est associé permet à cette élite de rester au pouvoir…

Houellebecq nous délivre donc un livre soumis à la doxa dominante. Reste son humour et sa vision pessimiste de l’évolution de l’humanité et de nos sociétés. En ce sens, la référence à Huysmans, écrivain fabuleux et oh combien misanthrope, est pertinente. Houellebecq nous décrit un monde sans espoir d’humanité. Manger (bouffer serait plus houellebecquien) et se faire octroyer quelques fellations suffit au personnage de « Soumission ». Les années passent et Houellebecq ressemble de plus en plus physiquement à ces épouvantails que l’on place dans les champs pour faire fuir les oiseaux prêts à se saisir de la récolte pour se nourrir. Que veut chasser Houellebecq ? La réponse ne tombe pas d’elle-même car si l’auteur s’étire dans une description le plus souvent pertinente du présent et promène ses orteils dans un futur hypothétique et conforme au discours dominant d’une frange élitiste de la population, il ne propose rien en alternative à notre décadence. En ce sens, son roman est plus ethnographico-humoristique que politique.

Les lecteurs de Houellebecq trouveront du plaisir dans la lecture de « Soumission » en retrouvant une forme d’écriture simple, efficace et nimbée de secrétions et allusions sexuelles si chères à l’auteur. Mais ces lecteurs seront déçus par le conformisme de la vision prédictive de Houellebecq et donc par sa pauvreté et son décalage avec la réalité de la société française. Houellebecq a vécu en Irlande. Vit-il aujourd’hui en France ? Je ne le crois pas…. L’auteur vit sans doute dans un espace ténu, traversé par quelques individus, assurément issus de l’oligarchie dominante ; un espace qui n’entretient aucun lien avec la réalité de la France de 2015, à l’exception, peut être, de la France cathodique mais cette dernière est un leurre. En ce sens, on ne peut que lui pardonner de prédire un avenir façonné dans des cerveaux manipulateurs qui auraient fait vomir Huysmans.

Pub MK intReste que Houellebecq est sans aucun doute le seul, ou l’un des seuls, écrivain français intéressant car osant donner un coup de pied dans la fourmilière même si pour « Soumission » le coup de pied s’est transformé en léchage d’élite. Le président français, dans une belle illustration de la décadence de notre société, ne vient-il pas de conseiller aux français de ne pas céder à l’angoisse en lisant « Soumission » comme si ce livre proposait une vision pertinente et certaine de l’avenir et comme si un parti dont les adhérents seraient musulmans et qui accéderait au pouvoir devrait être source d’angoisse… Houellebecq au service de l’élite entend t-il contribuer à fortifier le pouvoir de cette dernière en injectant dans la société française l’idée que la démocratie c’est bien sauf si un parti qui ne plait pas accède au pouvoir ? Si la réponse à cette interrogation était positive alors « Soumission » deviendrait un livre politique aux accents machiavéliques car la littérature deviendrait outil de propagande ; la finalité de « Soumission » serait alors de faciliter la modification du mode de fonctionnement de notre démocratie laquelle ne serait ouverte et accessible qu’aux partis non générateurs d’angoisse….autre forme de soumission, celle du lecteur aux intentions réelles du texte houellebecquien.

La deuxième partie de « La possibilité d’une île » restant à tout jamais un chef d’œuvre de notre littérature et assurant à Houellebecq une place éternelle au panthéon des poètes, que tous ceux qui seraient tentés de réactions violentes par rapport à son livre et par rapport à son auteur, se souviennent de la place de ce dernier dans notre littérature. Les lecteurs ne doivent jamais oublier de différencier l’œuvre de son auteur, que cet auteur découvre pour son personnage le charme de la fellation mais en étant cette fois-ci celui qui est à genou face à une élite bandant ses muscles et son pouvoir.

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