La littérature, l’ordre mondial et l’individu

En ces temps de crise, d’austérité, de perturbations économiques, il est intéressant de se plonger dans la littérature pour voir ce qu’elle a pu nous apporter comme éclairage pour comprendre les temps incertains. Hélas, la majorité des sujets abordés par les écrivains concerne l’homme dans ses affres amoureuses, ses troubles psychologiques ou sa sexualité à la frontière des genres. La crise, ouAffiche CB2 du moins ce nouvel état de tension permanente qui ne peut plus être sérieusement appelé crise (la crise est, rappelons le, le moment paroxysmique d’une maladie, par définition elle ne dure pas et demeure un point de retournement entre une situation passée et une situation nouvelle), n’a pas été souvent un sujet littéraire. Bien sûr, certains auteurs évoquent la décrépitude de ce que nous croyons être notre monde civilisé au travers de vies tragiques : Bret Easton Ellis dans une version trash et surtout Jonathan Coe, dans une version  psychologique, nous montrent un monde déliquescent, mutant, ou les repères sont difficiles à établir voire inexistants, happés dans une violence quotidienne.  Il y a aussi le roman policier et le roman noir, plus particulièrement la production américaine qui a su se saisir de notre société en tant que sujet et objet du scalpel de l’écrivain : les auteurs sont nombreux et n’en citer que quelques uns revient surtout à exprimer son goût du moment. Pour ma part, je ne pourrais conseiller que la lecture de James Ellroy ou de Jim Thompson (et son dérangeant « Rage Noire« ). Il y a bien sûr, en France un auteur comme Michel Houellebecq qui, livre après livre, nous met face à une société Bruit de fondqui se désagrège et se transforme. Au mieux, nous devenons les jardiniers d’un immense parc de loisirs, au pire, nous plongeons dans un monde de clones où les identités ne sont plus et où le terme du voyage est une mer grise et désespérante. Il y a bien sûr Don de Lillo….et son méconnu « Bruit de fond ».

Il y a aussi un livre étrange et étrangement prémonitoire sur bien des sujets qui nous concernent aujourd’hui. Ce livre a été publié en 1908 et il nous décrit avec justesse les grands changements qui modifient le profil de notre société : émergence d’une classe dirigeante mondiale constituée d’individus si riches que la planète est leur village ; disparition progressive et inéluctable de la classe moyenne ; utilisation des immenses richesses produites dans une effervescence d’achats d’œuvres d’art et de constructions de villes nouvelles et presque utopiques… Abou Dabi es tu si loin… ? Ce livre nous décrit un monde qui,  sous l’apparence d’une coexistence de démocraties, est un fait une dictature à l’échelle mondiale entre les mains d’une oligarchie puissante et organisée. Un personnage principal se plait à faire ressortir les hypocrisies, leurres intellectuels, et raisonnements construits pour démontrer ce que l’on veut justifier. Cette voix qui indique les failles intellectuelles du système s’oppose aux théoriciens du système. Les échanges sont vifs et conduisent le lecteur à sourire de cette confrontation de points de vue. On perçoit la faiblesse intellectuelle du camp qui domine, la faiblesse d’organisation, et même de Pub MK intpropositions, du camp qui aspire à se révolter. Lentement, la répression se fait jour, lentement la pseudo démocratie révèle son visage de dictature : interdiction de remettre en question le système établi, de s’éloigner de la pensée dominante, interdiction d’énoncer une autre vision des choses sous peine d’internement psychiatrique. Ce livre, en de nombreux points, trouve un écho étonnant en 2013. Notre monde n’est pas si différent de celui qui est décrit dans cet ouvrage. 1908, dans les brumes vaporeuses de la pensée riche et stimulante de l’auteur, laissait entrevoir 2013. Ce livre, nous force à nous questionner sur la notion de démocraties de marché, de richesse et de redistribution. Il nous force à simplement admettre que l’on puisse s’interroger sur le système avec un sens critique. Nous interroger sur le fonctionnement de notre société, la hiérarchie des valeurs, la place des individus dans l’organisation mondiale des activités ce n’est pas rallumer les vieux démons et combats du capitalisme, (qu’il soit marchand, industriel ou financier), avec le communisme. Nous interroger, manifc’est simplement se poser la question de l’avenir et du visage que l’on veut lui donner. S’interroger est urgent car le livre finit mal, très mal. L’oligarchie dominante, la classe des ultra-riches et ultra-nomades défend sa place et sa vision de l’organisation de la société. Cette défense est sanglante. Le monde bascule dans un chaos effroyable et une tuerie sans fin. Quelque chose semble toutefois nous séparer de 1908, de la vision de l’auteur et nous rapprocher de la vision de Michel Houellebecq : dans ce livre étonnant, une résistance s’organise contre l’oligarchie mondiale et conduit fatalement au chaos et à la lutte sanglante ;  en 2013, nous ne résistons plus car nous ne pensons plus et le monde et nous même ; nous nous destinons à devenir les éléments de décor d’un vaste parc de loisirs, toute appréhension critique de la société semble nous désintéresser pourvu que la carafe de vin soit pleine et le programme télé alléchant….

talon de ferCe livre étonnant est « Le talon de fer » de Jack London. Il a été réédité en 2003 par Phébus dans sa belle collection Libretto. Ce livre étant dans le domaine public, tous les possesseurs d’une liseuse pourront le télécharger gratuitement (voir article sur le livre numérique et les liens associés). Jack LONDON écrit en 1908 un livre d’anticipation qui nous donne à voir une société en bien des points semblable à la nôtre. Jack LONDON a toujours eu le soucis de poser un regard sur ceux que l’on ne voit pas. A ce titre, son admirable ouvrage « Le peuple d’en-bas » récit de sa plongée dans les masses informes mais humaines qui vivaient dans l’est de Londres est édifiant. « Le talon de fer » est un livre jouissif dans sa lecture pour les joutes intellectuelles qui opposent le héros aux tenants de l’ordre établi, pour la description de cet homme d’église qui commence à poser un regard critique sur ce qui l’entoure et se JLONDON2trouve aspiré dans une violence à laquelle il ne peut pas faire face faute d’avoir l’étoffe du combattant. La lecture de l’ouvrage est aisée. Ce livre doit être conseillé à tout citoyen qui souhaite porter un regard critique et lucide sur la société dans laquelle il vit. Ce livre est aussi un bel objet littéraire mais Jack LONDON est un grand auteur et vous le saviez déjà !

Advertisements

2 réflexions sur “La littérature, l’ordre mondial et l’individu

    • Merci de ce rappel. N’étant pas spécialiste de Nietzsche ni un familier de son œuvre, je ne commenterai pas l’apport de cet intellectuel sur son anticipation du chaos de notre monde moderne. Nous trouvant sur un site littéraire, je ne peux que conseiller aux lecteurs de lire les œuvres de Nietzsche bien entendu, mais aussi de faire connaissance avec Malwida Von Meysenbug qui fréquenta Nietzsche et fut à l’initiative du séjour à Sorrente à la suite duquel fut rédigé la première partie de « Humain trop humain ». L’ouvrage de Jacques le Rider « Malwida Von Meysenbug une européenne du XIXème siècle » comporte un chapitre intéressant sur Nietzche et sa relation avec Malwida Von Meysenbug.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s