Cécile Fraboul, rencontre fortuite

J’ai rencontré pour la première fois Cécile Fraboul au salon du livre de Bruxelles. L’expérience d’un salon en tant qu’auteur invité est une curieuse « mise en cage ». Les auteurs se retrouvent assis derrière une table, des livres, quelques affiches salon ecrivainpromotionnelles et ils regardent passer un flot incessant, plus ou moins nourri, de visiteurs. Enfin, ils regardent mais ils sont surtout regardés, observés par des lecteurs randonneurs. Très vite, la curieuse sensation d’être exposé comme un objet ou un animal plus ou moins insolite vient vous tarauder avant qu’un immense sentiment de solitude dans la foule vienne vous submerger. Il est bon d’avoir à sa proximité un auteur, un éditeur, quelqu’un qui puisse briser cette solitude soudaine. Au salon du livre de Bruxelles, je fus sauvé par Cécile Fraboul. Les salons sont les lieux où les lecteurs rencontrent les auteurs. Ce sont aussi des lieux où des auteurs rencontrent d’autres auteurs, des éditeurs et des journalistes. Cécile Fraboul était là. La discussion a vite débuté. J’ai découvert une femme de grande détermination et portant sur le monde un regard lucide, acéré, constructif et plein d’humour. Cécile Fraboul sait ce qu’elle veut et se donne les moyens d’arriver à ses buts. Le premier des moyens est l’écriture, quatre romans sur les étagères. Le second moyen est l’auto édition, pour diffuser librement ses écrits. Le monde du cinéma s’intéresse à l’œuvre de Cécile Fraboul. Il est temps de découvrir cet auteur. Ses livres sont là pour nous faire entrer dans son univers mais attention, cet univers est sans lien avec l’univers personnel et intime de l’auteur. Cécile Fraboul nous le dit mais nous savons tous que le monde de l’imaginaire est perméable au monde du vécu. Et puis, il y a l’auteur lui-même. Quelques questions lui ont été posées. Voici cet échange qui vous permettra de découvrir, un peu, Cécile Fraboul.

Bonjour Cécile Fraboul, vous avez créé une maison d’édition et vous êtesCFraboul l’auteur de  quatre romans, quel a été votre parcours ?

Je n’ai pas créé une maison d’édition, je me suis simplement autoéditée. Originaire des Pays de la Loire, j’ai une maîtrise de sciences économiques et un 3e cycle en communication. Ensuite, je me suis formée à l’écriture de scénarios à Los Angeles (USC) puis à Paris (CEEA).

Que représente l’écriture pour vous ?

J’écris par passion, parce que ça me plaît, ça m’amuse, ça me permet de me déporter du quotidien.

Quels sont les sujets de vos ouvrages ?

couv HAT intCe sont tous des romans avec un fond de vérité ou, à tout le moins, de vraisemblance, et un peu de fantaisie. Le premier, « L’homme à tiroirs », qui est en cours d’adaptation au cinéma, suit un accidenté de la route amnésique qui a bien du mal à faire coïncider son ancien et son nouveau moi. Le deuxième, « D’une vie à l’autre », parle d’un autre dédoublement, celui qu’expérimente une jeune femme envoyée dans le passé pour reboucher un trou généalogique. Le troisième, « Les Trente Immortelles de Genève », est une novellisation (un roman écrit à partir d’un scénario). Il « fictionne » l’histoire vraie de jeunes filles sur l’espérance de vie desquelles des banquiers ont assis des rentes viagères, à la fin du XVIIIe siècle. Une histoire de finance trash avant l’heure en quelque sorte. Le quatrième, « Le Messager », raconte le difficile parcours d’un homme au cœur d’une manipulation dont il ignore d’où et de qui elle vient.

Comment concevez-vous vos personnages ? quels rapports entretenez-vous avec eux ?

La conception des personnages est un peu un mystère, tout comme la conception de l’histoire d’ailleurs. Ils naissent par opportunisme (l’histoire que je raconte a besoin d’eux) puis ils se font une place tout seuls. C’est un peu comme dans la vie : la rencontre est fortuite ou presque, on sympathise ou non et, si oui, chacun prend la place qu’il doit prendre. Sauf que, contrairement à ce qui se passe dans la vie, dans une fiction il faut aussi aimer les salauds pour que l’histoire tienne la route !

Vous écrivez avec un plan précis de votre livre et une fin connue à l’avance ? ou vous vous laissez porter par les aventures que vivent vos personnages ?

Un plan non, une trame oui. Je sais d’où je pars et je sais où je veux aller. Entre les deux, il y a ce que je décide et ce que l’histoire m’entraîne à écrire.

Les lieux où se déroule l’action de vos romans ont-ils une importance dans la trame narrative et l’action ?

Pas tant que ça. Les fictions que j’écris sont davantage centrées sur les personnages et sur leurs actions. L’environnement est plutôt une toile de fond. Ce qui ne veut pas dire que les lieux n’ont pas leur utilité. Ils agissent la plupart du temps comme des obstacles sur le parcours du personnage principal ou comme un caillou dans sa chaussure.

Pourriez-vous écrire un livre sans personnage identifié à la manière de certains écrits du nouveau roman ?

Probablement pas. Les histoires que je raconte sont des parcours d’individus auxquels je m’attache, avec lesquels je fais un bout de chemin. Je crois que j’aurais du mal à m’en passer.

Quelle place occupe votre vie et/ou l’actualité dans vos romans ?

Ma vie est autant que possible absente de mes romans ! Je suis assez peu portée sur l’égocentrisme ou sur le commentaire de la chose vécue. L’actualité, en revanche, peut jouer le rôle de déclencheur. Elle peut faire naître une idée ou être le fil sur lequel je vais tirer, soit pour poser les bases d’un projet, soit pour l’orienter.

Pensez-vous avoir trouvé votre style ? Un style peut-il ou doit-il évoluer ?

Oui, un style peut évoluer parce que soi-même on évolue. Même si on ne raconte pas sa vie dans ses livres, il n’y a pas loin de soi à ce que l’on écrit.

Selon vous, quelle place a le livre en 2013 dans la vie des gens ?

Les gens fréquentent en nombre les salons du livre, il y a encore de nombreux libraires en France et la littérature jeunesse a beaucoup de succès, ce qui est sans doute un Livres CFindice. Et puis il y a le livre numérique, qui peut attirer de nouveaux lecteurs. Avec un livre, les gens s’évadent, se cultivent ou s’informent. Il faut espérer que l’écrit garde toujours une place importante, quelle que soit la forme qu’il prendra. Il me semble que s’en passer serait régresser, se priver d’un vecteur de rêve, d’un moyen de communiquer, de réfléchir, de s’ouvrir.

Ecrire est-ce un geste militant, politique, esthétique, vain, essentiel ?

Mon seul geste militant pourrait être de tenter, à mon petit niveau, de contrer ceux qui considèrent la grammaire, l’orthographe, l’expression écrite comme une contrainte sociale. De leur faire admettre que ce peut être au contraire un grand plaisir, d’auteur et de lecteur.

Lire un livre est-ce ringard ? vintage ? passe temps ?

La question me surprend. Je ne vois pas comment on peut y répondre, sauf à supposer qu’il y a un mètre étalon pour la ringardise, le vintage ou le passe-temps. S’agissant du livre, depuis Gutenberg, on aurait eu le temps de s’en apercevoir, non ?

Pourquoi vous être autoéditée ?

Pour des raisons pratiques, pour participer à un salon du livre avec mon dernier roman. Mais à chacun son métier et éditeur n’est pas le mien. Pour autant, je défends le principe de l’autoédition parce qu’il peut contribuer à faire le tri entre les éditeurs. La différence entre un éditeur digne de ce nom et un autre, c’est que le premier mise sur un auteur quand le second fait de l’argent sur son dos. Hélas, au moment de la signature du contrat, la nuance ne saute pas forcément aux yeux, elle apparaît à retardement. Que ces vrais-faux éditeurs disparaissent grâce à l’auto-édition ne peut être que salutaire.

Le livre numérique est-il l’avenir du livre papier ?

En tout cas, il n’en est ni l’ennemi ni le fossoyeur. On peut aimer avoir un vrai livre en main et choisir le livre numérique pour voyager, simplement parce qu’il pèse moins lourd et occupe moins d’espace. On peut aussi considérer que ce qui compte, c’est le contenu. On peut enfin se réjouir que le numérique, avec visionneuses et systèmes audio adaptés, raccroche à la lecture certains publics exclus pour des raisons de santé. Le va-et-vient entre papier et numérique va entrer dans les habitudes et les deux ont de quoi se nourrir mutuellement.

Les nouvelles technologies sont-elles utiles aux écrivains, éditeurs ?

Les nouvelles technologies sont de moins en moins nouvelles. En voilà une appellation qui se ringardise, on l’utilisait à fond en 1995 au tout début de l’internet ! Blague à part, oui bien sûr, elles sont utiles à tous, auteurs, éditeurs et lecteurs. Ceci étant, elles restent des outils. Elles facilitent considérablement le travail de recherche de l’auteur, mais elles ne font pas un auteur. De même, pour la partie fabrication, il faut toujours connaître la chaîne graphique et les codes typographiques pour faire un livre. Sinon, Flyer SQSB Livreson bricole et il n’est pas acceptable de vendre un livre bricolé au prix d’un livre réalisé dans les règles de l’art, sur le fond comme sur la forme. En cela, l’autoédition a sans doute un peu de chemin à faire. Côté utilisateur, ces technologies qui ont tout accéléré, y compris la « consommation » de contenus, changent les comportements et les rapports à l’autre. Bien sûr, on peut regretter qu’elles nous rendent impatients et zappeurs, mais à l’inverse, grâce à elles, le champ de la curiosité qui peut être satisfaite immédiatement s’est considérablement accru.

Quel regard portez-vous sur la littérature contemporaine française et étrangère ?

Je n’ai pas un avis aussi vaste et définitif ! J’aime bien laisser un libraire me suggérer un auteur, un livre, surtout dans le domaine étranger. Lui se tient informé de tout ce qui sort, de tout ce qui se passe, moi non. Et si j’achète un livre sans conseil extérieur, je ne vais pas droit au top ten. Je suis assez curieuse pour courir le risque d’être déçue, de ne pas aimer. C’est le jeu.

Quels sont vos projets en tant qu’auteur ?

Pas de projet en route, juste quelques idées qui traînent et que je laisse me trotter dans la tête. Si elles se fixent, je m’y remettrai !

PS : je préfère être un écrivain qu’une écrivaine, un auteur qu’une auteure. Pour être Couv LMdéfendue, la parité n’a pas forcément besoin de se loger partout, en particulier dans les endroits où les mots sonnent comme un couac !

Liens :

http://www.fraboul.eu/

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