Autographe d’auteur : Pierre Combescot

aut018« A mon vieil ami Claude Roland cette sardine frétillante et couillue. Pierre C. C’est «un» sardine »

Cette dédicace, agrémentée d’un dessin de sardine, orne un exemplaire du livre « Les funérailles de la sardine » paru en 1986 et récompensé par le Prix Médicis 1986. Cinq ans plus tard, Pierre Combescot recevra le prix Goncourt pour « Les Filles du Calvaire ». Le prix Pierre-de-Monaco lui sera attribué pour l’ensemble de son œuvre….

Dans « Les funérailles de la sardine », Pierre Combescot nous promène entre Venise, Florence et Rome. Il nous fait aller d’une époque à l’autre comme si nous étions des observateurs nichés haut dans le ciel, épargnés par le passage du temps, mais à la vue acérée au point de distinguer les petits détails, les petites turpitudes, le sordide et le raffinement de la société des hommes. L’écriture de Pierre Combescot est dense, ciselée, baroque, académique et argotique. Chaque page du livre offre au lecteur une matière riche à explorer, une occasion inespérée de se détacher du quotidien pour se perdre dans un monde parallèle où les indices du passé se mêlent à des bouts de présent. L’auteur a un humour féroce. Il est cultivé. Son intention est de donner aux lecteurs un plaisir de lecture immédiat. Il ne s’agit pas de retracer avec exactitude des événements du passé ; il ne s’agit pas d’élucider quelque énigme aux ressorts complexes ; il ne s’agit que de prendre par la main des inconnus pour les conduire dans un dédale de couloirs aux murs animés des reflets d’invisibles flambeaux.

Pierre Combescot nous parle de la noble profession d’assassin à gage. Et oui, ses personnages ne sont pas des modèles de vertu. Ses descriptions possèdent des tonalités baroques et morbides : « C’était un petit vieillard hideux avec un visage de singe anguleux creuser comme une tête de mort. S’il avait été mis avec un raffinement particulier, qui donnait d’ailleurs à son élégance un aspect quelque peu maniéré, on eût pu le croire jailli d’une fosse commune, tant sa physionomie avait un air cadavéreux. ». L’auteur se fait poète : « Les pavés étincellent sous les fers des chevaux. Au cœur de la ville, ils s’enfoncent. Au numéro trois de la via de servi, ils sautent à terre et s’ébrouent des poussières de rêve qui leur collent à la peau, au visage, dans la tignasse sèche ; mais ont-ils vraiment voyagé ? À peine à quelques lieues à vol d’oiseau, mais par d’infinis chemins de traverse, ils ont emprunté les dédales de l’illusion : chemin de vieles-funerailles-de-la-sardine parallèle, de destins contraires, entrecroisés».  Avec délectation, il mêle le lecteur à un peuple paillard : « T’en fais pas, princesse, tu l’auras ta petite volupté. Je te la donnerai, quitte à te la mettre dans l’oignon». La fréquentation de Pierre Combescot pourra donner bien des frissons et sans doute heurter un lectorat habitué à une littérature « climatisée », bien pensante et peu dérangeante.  Lors de sa sortie, ce livre était orné d’un bandeau portant l’inscription « l’œil baroque de Dieu »…..lecteurs, vous êtes avertis, ce livre se distingue des autres…

Si Pierre Combescot est né à Limoges le 9 janvier 1940, il n’est pas resté en Haute-Vienne. Les prés, les vaches, le ciel bleu, la porcelaine, la gare de Limoges, tout cela ne pouvait pas rassasier un tel homme. Et puis, il y avait la guerre. Alors enfant, il se retrouva au Brésil, et même en une illustre compagnie des lettres. Et puis la guerre c’est la guerre, mais la paix est là pour penser les blessures, aller de l’avant. Alors ce fut l’Allemagne et plus particulièrement Munich, puis le sud de la France. Ces périples, puis affichela danse, la truculence, la gourmandise de la vie et des hommes, ont fait de cet homme un être débordant, entier, passionné et doté d’une plume qui jamais n’a accroché l’ennui. Pierre Combescot, c’est la jubilation de l’écriture, « car s’il n’y a pas de jubilation à écrire, autant rester au lit ! ». Ouvrir un livre de cet auteur c’est aussi s’adonner à une jubilation de la lecture, quoi de plus enthousiasmant que la contagion de la jubilation et de ses suites heureuses ?

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