Autographe d’auteur : Lucien BODARD

«Paris, le 19 octobre 1991,

Pour Muriel et Paule, en souvenir de cette journée d’ardeur… à lire

Respectueusement,

L. Bodard »

1991 est l’année de publication des « Dix mille marches ». Lucien Bodard, journaliste mais surtout écrivain, est né en Chine. Il devait mourir le 2 mars 1998, moins de sept ans après cet autographe. Lucien Bodard avait 77 ans lorsqu’il a écrit ces quelques mots pour Muriel et Paule. Qui sont-elles ? Je l’ignore. Que s’est-il passé ce 19 octobre 1991 ? Je l’ignore aussi, sauf que ce jour là, un vieil homme de 77 ans a montré de l’ardeur…à lire.

L’image que je retiens de Lucien Bodard, est cet envoyé du pape, coiffé d’un chapeau rouge bordé de glands. Son apparition dans le film « Le nom de la rose » était mémorable. Rôle court mais présence écrasante. Comment oublier ce visage d’animal contemplatif, ce visage ridé trahissant l’expérience, la sagesse et une certaine jouissance latente ?

Les autres images que je retiens de Lucien Bodard sont faites de sang, de tripes sanguinolentes, de corps démembrés, putréfiés, de secrétions multiples, de têtes et de membres réduits à l’état de bouillie, d’engrais pour la terre. Oui, Lucien Bodard, dans ses ouvrages, nous montre la misère humaine, la violence et le peu de prix que certains accordèrent à des millions de sans noms, de sans qualités, d’esclaves. L’important est l’objectif à atteindre, peu importe les moyens utilisés et surtout l’humain qui n’est qu’une variable d’ajustement. Lucien Bodard met en lumière ce cynisme des puissants qui oublient que le bonheur des hommes est la seule et unique finalité d’une société civilisée.

Lucien Bodard a beaucoup écrit sur sa terre natale la Chine. La Chine impériale mais agonisante avec « La vallée des roses », la chine républicaine, chaotique et agonisante avec « Monsieur le consul » et ses suites, la chine communiste montante et agonisante avec « Les dix mille marches ». Lucien Bodard nous décrit un monde raffiné par des siècles de culture mais un monde cruel, pervers et pourri. L’auteur, avec un luxe de détails, raconte les tortures raffinées de cet empire immense. Les pires films d’horreur sont bien ternes face aux pages de Bodard. Sur certain aspect, par sa description des humeurs du corps, de ses écoulements, de sa lente agonie, l’écriture de Bodard rejoint celle de Gabrielle Wittkop. Une forme de baroque relie ces deux auteurs. En lisant Bodard, il est nécessaire de se mouvoir dans les volutes des fumées d’opium pour avancer et, de temps à autre, croiser un regard, mais un regard moribond.

Parfois, on peut regretter des digressions qui nous éloignent du sujet ou de l’héroïne. Ah oui, les personnages principaux de Bodard sont souvent des femmes : Grue des nuages, Pomme bleue, la Duchesse ou Tseu-Hi …. Destinée incroyable de Tseu-Hi. De son recrutement dans le harem impérial à son élévation sur le trône que de cruautés mentales et physiques. Et puis, il y a cet évènement qui fit grand bruit et en Chine et en Europe : le pillage du palais d’été. Lucien Bodard nous plonge dans cette folie destructive, il nous y plonge et s’y plonge lui-même et du coup, plus de Tseu-Hi… Que devient-elle ? Que fait-elle ? Le livre prend une nouvelle tournure, le personnage principal ne semble plus intéressé l’auteur. Le lecteur se désole de cet abandon. C’est Bodard… Un léger défaut mais ce n’est pas grave. Lecteurs, plongez vous dans ses ouvrages et vous y trouverez un réel plaisir de lecture.

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