Monochrome Killer et autres clefs : présentation des nouvelles (2)

Le départ des jouets :

Pourquoi ce texte ? :

Autre texte inspiré d’une photo de Henri Cartier-Bresson. Des hommes, des femmes magnifiquement habillés badinent dans un jardin. Ils semblent fendre de leur élégance la pelouse si bien entretenue. Trop beaux pour être vrais. Je les ai imaginés les jouets d’un maître invisible. Par jeux, j’ai bâti une métaphore pour mettre en lumière ce moment où l’enfance bascule dans l’adolescence, où les jouets hier adulés  deviennent des reliques sans valeur.

Extrait :

« Le signal est donné. Un petit clap bat le rappel. Il était temps. Éparpillés dans le jardin, les fracs élégants et les robes du soir de Charles James se rejoignent et se dirigent vers la salle de jeux. Deux queues de pie et une mousseline noire se retournent pour manifester leur impatience. « Il faut se dépêcher et ne plus bavarder » lance une étole assombrie. Bizarre fin d’après-midi. »

La clef de coton :

C’est difficile de se sentir différent des autres. Enfant tout va à peu près bien. Adolescent, tout bascule. On sent naître en soi des attirances, des envies qui ne rentrent pas dans la norme dominante. Alors, on se replie sur soi. On vit dans ses rêves, là où leur écho vous assure une certaine tranquillité. Pas une tranquillité d’esprit, non, pour ça on est torturé, mais une tranquillité avec la famille, les amis et les inconnus si rapides à juger et mal juger. Parfois, le hasard d’une rencontre peut tout débloquer. On rencontre une autre personne qui vit la même chose que vous. On se sent moins seul. Et puis à l’adolescence, les envies sont fortes. Rencontrer quelqu’un et l’aimer, c’est un passeport pour entrer dans la vie et sortir du rêve. Moi, je n’ai pas fait cette rencontre étant adolescent. Ce texte évoque cette rencontre qui ouvre les portes, la découverte de la différence.

Extrait :

« La lumière de la Lune arrivait dans les pièces de la maison, brisée par son passage entre les branches des arbres, les volets entrebâillés et l’armature des fenêtres. Au bout de ce périlleux périple, l’éclat lunaire s’échouait sur les meubles, les planchers et les cheminées, sur un bout de bras de celui qui dormait, sur l’oreille de celle qui rêvait, sur l’entrelacement des corps de ceux qui s’aimaient, se découvraient, se goûtaient pour la première fois. Des jambes se croisaient entre elles et remontaient la magnifique pente d’une chute de dos. Une main glissa le long d’un bras puis le quitta pour se poser sur une nuque fraîchement rasée. Une tête aux cheveux bouclés descendit lentement le long d’un cou et d’un torse humide puis se blottit entre des cuisses écartées. Un nez glissa sur un sous-vêtement de coton élastique et fin, glissa le long d’un chemin enclavé entre deux demi sphères de chair ferme sans doute étoffées de quelques poils blonds. »  

Pensées croisées :

Autre texte écrit en regardant une photographie d’Henri Cartier-Bresson. La scène se passe lors d’une corrida. Les gradins accueillent un public heureux d’être là. J’imagine les pensées de ces gens qui se montrent au spectacle et qui sont eux aussi spectacle. Chaque pensée rebondit d’un personnage à un autre. Le mot de la fin d’une pensée sert à l’ouverture d’une autre pensée…

Extrait :

« Quelle journée ! Le vieux Enrique me lance un mot d’amour. Le gâteux, comme ça, en public, il joue l’amoureux avec son « je t’aime Violetta, ma guenounette ». Allez mon fidèle éventail, envoie lui un peu d’air et faisons celle qui n’a rien entendu. Décidément avec l’âge, mon pauvre mari devient incontinent en paroles. J’en étais sûr, Felipe et Rosa trament quelque chose. Ah, je l’ai vu ! Il lui a glissé à l’oreille quelques mots qui la ravissent. Il faudra que j’en parle à Maria, la confidente de la tante de Felipe. Elle doit bien connaître quelques indiscrétions sur ce jeune homme fort séduisant, je l’avoue… »

Le collier :

Qui n’a pas flâné au Père La Chaise ? Si c’est le cas, alors il faut y aller ! Je me souviens d’une partie escarpée du cimetière. C’était une journée ensoleillée. J’ai glissé entre deux tombes. Heureusement je ne me suis pas tordu la cheville. En me redressant, j’ai eu le regard attiré par un caveau dont une partie de la maçonnerie s’était effondrée. Les rayons du soleil s’infiltraient dans la brèche et rebondissaient sur la surface polie d’un cercueil de métal. La vision de ce cercueil extirpé de la nuit m’a laissé songeur. Je regardais un objet du 19ème siècle. J’était le premier homme à contempler les motifs qui ornaient cet objet depuis ceux qui avaient accompagné son inhumation. Télescopage d’époques et de siècles. Ce cimetière est le lieu des surprises, des rencontres inattendues, des profanateurs aussi qui n’hésitent pas à utiliser certaine pierre tombale comme planche de bronzage ou certaine chapelle comme lieu propices aux ébats sexuels. Le collier est venu de cette vision du cercueil, de rencontres improbables avec quelques illuminés. C’est la nouvelle un peu « grand Guignol » du recueil…

Extrait :

« Le chef d’équipe demanda où avait roulé la tête du défunt. Un homme indiqua la gauche du cercueil. Le terrain en pente avait facilité sa course. Nous partîmes à la recherche de ce visage arraché à la sérénité de la nuit. L’agent de police bougonnait. La tête ne devait pas être loin, sans doute coincée entre deux autres tombeaux. Je m’échappai de mes compagnons en parcourant plusieurs mètres pour être loin du cercueil béant et vomissant, pour être sûr de ne pas retrouver moi-même la tête de cet ancêtre. Hélas, le sort avait décidé que je devais payer jusqu’à la dernière minute la cupidité de ma mère. »

En file indienne :

Encore un texte inspiré d’une photo de qui vous savez. J’ai imaginé une ligne de fuite partant d’une barque, longeant les personnages alignés sur la photo, dos à dos, sortant du cadre de la photo pour passer entre les deux personnages qui regardent cette photo et continuant sa route le long d’esprits peut être malveillants… J’ai situé le cadre de cette nouvelle dans le grenier qui se trouve au-dessus de la chambre de mes parents dans leur maison creusoise. Grenier rarement visité, recelant sans doute de vieux souvenirs, de vieilles photos. Parfois, un frisson nous parcoure le dos, une sorte de peur sortie de nulle part, une peur comme une alerte au passage de choses invisibles…. Cette nouvelle parle de ce frisson que parfois on ressent mais dont on est incapable de trouver l’origine.

Extrait :

flyer salon du livre Jonquières internet« Il était plongé dans une étrange illusion. En un coup d’œil, par dessus l’épaule de son épouse et par la seule invitation d’un photographe, il venait de remonter au début du siècle pour s’intégrer dans la scène d’un déjeuner au bord de l’eau. Lui, Sylvie, et les quatre anonymes se succédaient le long d’une ligne invisible qui conduisait vers une paisible barque. Tout le monde offrait son dos à la vue de celui ou de celle qui s’éloignait du bateau. Tout le monde s’asseyait, au-delà des ans, sur l’herbe d’un talus pour un pique nique en file indienne. » 

Le blouson :

L’obsession maladive. Une idée, une seule, chasse toutes les autres, monopolise l’esprit et transforme un être en une marionnette. La vie bascule. Tout s’ordonne et s’organise en fonction de cette idée. L’individu est devenu monomaniaque. Impossible de s’échapper. Plus rien ne compte sauf répondre à l’appel de cette obsession. Cette obsession peut être la jalousie, le sentiment d’être trompé, de ne pas être considéré à sa juste valeur, bref, le sentiment d’être bafoué et très vite un désir tenace de vengeance qui s’installe. Ce texte décrit un personnage obsédé par ce qu’il croit être la perte de la place qu’il occupait dans une relation. L’amitié n’est plus là. Elle est tombée au profit d’un autre. Il faut trouver celui qui a pris cette amitié, éliminer cet autre, retrouver la paix. Ce texte décrit les ravages d’une idée obsessionnelle qui consume un homme, lui fait perdre la raison et le pousse à la destruction.flyer salon du livre Editeur copie

Extraits :

« Imaginez encore : les yeux écarquillés, prêts à sortir de leur orbite et à plonger dans un grand bol d’eau froide afin de se ressaisir. Heureusement, les nerfs optiques tiennent bon et quelques vaisseaux sanguins, élastiques, participent avec solidarité au maintien des organes globuleux.

Suivez son regard : il court le long des lignes, se cogne dans les angles poussiéreux et glisse sur les surfaces lisses de métal pour s’envoler dans un espace vide, si vide, que le sentiment d’une asphyxie imminente le pousse ailleurs, pas très loin, sur la gauche. Là, un petit éclat bleuté joue à cache-cache avec la lumière. Un porte-clés, tout de clair-obscur vêtu, pendouille encore, le croc planté dans la serrure d’un casier. Ce balancement prouve que la clé fut introduite il y a peu de temps dans une serrure. Quelques secondes avant d’être estomaqué, il a ouvert son casier. »

La suite de la présentation : http://wp.me/p2E0sL-1g

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