Monochrome Killer et autres clefs : présentation des nouvelles (1)

Monochrome Killer :

Pourquoi ce texte ?

Il m’arrive parfois de me réveiller en pleine nuit à la suite d’un terrible sentiment d’étouffement. Je ne peux pas rester allongé, je dois m’asseoir pour retrouver mon calme et ma respiration. Parfois, je me sens prisonnier dans mon corps, contraint et forcer à subir un état. Monochrome killer est une nouvelle née de ce sentiment d’étouffement, de cette impossibilité, parfois, d’échapper à une forme de réalité qui nous force à subir ses règles. Le personnage principal va vivre le sentiment oppressant d’être dans un monde qui l’étouffe. Il a perdu la faculté de percevoir ce que chaque être humain perçoit. L’altération physique qui le frappe est si forte et insupportable que le sentiment d’une asphyxie imminente va le pousser à se révolter et le conduire à la folie.

Extrait :

« Les jours passaient et s’entassaient lourdement sur mon corps, je suffoquais. Des oreillers surgis du ciel se plaquaient contre mon visage, je suffoquais. Je déchirais les courriers que m’envoyaient des amis pour surprendre une couleur, mais il n’y avait rien d’autre que du gris, du vilain gris qui brûlait mon oxygène, je suffoquais encore. Je cherchais des couleurs dans les tiroirs, les placards, les frigidaires des cuisines, derrière les calendriers et les posters accrochés aux murs, mais je ne trouvais rien : j’étouffais. »

Le secret de Cartier :

Pourquoi ce texte ?

Exercice d’écriture basé sur une photographie d’Henri Cartier-Bresson. Un corps féminin dont on ne voit pas la tête nage dans une eau limpide. Je me méfie de ce qui est limpide, sans doute parceque la part du mystère est réduire à rien du tout. Heureusement, la tête est hors cadre. Heureusement, le symbole de perfection plastique que représente ce corps me laisse songeur entre ce qui relève de la réalité du monde et du travail de l’artiste. Cette perfection d’où vient elle ? Du grand créateur ou du regard du photographe ? D’une manière plus générale, les œuvres d’art sont elle inventées par des hommes surdoués ou simplement révélées, sorties de leur gangue par le geste de l’artiste mais déjà présente dans la nature. Qui est vraiment le créateur ? Aucune réponse pour ma part à cette question, mais le prétexte à un jeux ludique sur la création….

Extrait :

« « Pas de chance mon brave Monsieur », m’a lâché un autochtone, « Monsieur Cartier-Bresson est parti, vous ne pourrez pas l’apercevoir ». Ah, l’incroyable naïveté du villageois, comme si je venais pour apercevoir Monsieur Cartier-Bresson ! Non ce qui m’intéressait, c’était son puits, ce couloir obscur où se glisse la lumière du jour pour atteindre la fameuse porte des dieux. »

Les guichets :

Pourquoi ce texte ?

Gare Montparnasse, salle des ventes des titres de transport. Le décor est minimaliste : un sol en béton, des bancs métalliques et des guichets parés d’une robe de métal et protégés par des couloirs de circulation contenant et disciplinant la foule. Des affiches informent les voyageurs qu’il faut faire la queue, attendre son tour, avancer dans les couloirs créés à cet effet. Des tableaux composés de diodes rouges indiquent le numéro du guichet. Tout le monde attend sagement que son tour vienne. Nous répétons les mêmes gestes, nous nous succédons devant ces guichets. Très vite, ils me paraissent une métaphore de notre existence où des lois, des règlements nous canalisent. Nous avançons tous de façon fort disciplinée dans la même direction. Notre inéluctable destin est de quitter ce monde. Combien de kilomètres auront nous parcouru ? Obtiendrons nous un laisser passer pour un monde meilleur ?flyer salon du livre Jonquières internet

Extrait :

« Sous l’éclairage scintille le tablier métallique des guichets. On se presse pour recevoir sa dose de kilomètres, connaître la distance parcourue, la nature du voyage, la destination finale. Les nouveaux reproduisent les gestes des anciens. Il y a des sacs de voyages, des livres usés, des chiens assoiffés et perdus, du laid et du beau. Le cycle est sans fin. Certains s’interrogent encore. Ils se demandent où ils pourraient bien aller. Ils hésitent. Partir seul ou accompagné ? Ils hésitent. Quel objet emporter ? »

Le fils :

Pourquoi ce texte ?

C’est un texte inspiré d’une photo d’Henri Cartier-Bresson. Une maison semble happée par une mer de sable. Une vieille femme à sa porte et un homme tout aussi vieux qui s’éloigne. Les deux vieux ont l’air las, usés par la vie. Leur monde disparait en une multitude de petits grains de sable. Il ne leur reste plus que leurs souvenirs, les éclats d’une vie passée déjà absorbés par le néant. J’ai imaginé une souffrance ultime. J’ai voulu que la séparation de l’homme et de cette femme soit irrémédiable. Lorsque j’ai vu cette photo, une peine immense m’a saisi. Cette peine, j’ai voulu la retraduire dans le texte.

Extrait :

« Les deux vieux s’affaissaient chaque jour davantage. Ils semblaient suivre leur maison qui disparaissait dans le sol ensablé. Ce matin, quelque chose s’était passé. Des marcheurs et un cycliste se dirigeaient à vive allure vers la plage. Les deux vieux avaient reconnu le père Garloux, toujours à l’affût des misères plus terribles que les siennes. En passant, Garloux avait lancé quelques mots incompréhensibles suivis de ricanements. Ces petits rires tintaient douloureusement dans la tête des parents. »

 Le jardin :

Pourquoi ce texte ?

La maison de mes parents, située à la périphérie de Lyon, ne possède rien de remarquable. Son seul attrait, là où résonnent tant de souvenirs, c’est son jardin. Un jardin assez grand, en partie boisé, en partie recouvert d’un beau tapis vert. Un jardin qui grimpe allégrement le versant d’une colline pour offrir au marcheur une très belle vue sur Lyon. Les arbres de ce jardin m’ont toujours impressionné par la majesté de leurs branchages. Je les ai souvent photographiés. Ce jardin est séparé du reste de la propriété par un muret, surmonté d’une grille. Un portail que j’ai toujours vu en place, permet d’accéder à ce jardin. Ce portail semble porter sur lui le poids des siècles. Le fait qu’il se maintienne encore debout est aujourd’hui un mystère entier. Une nuit, j’ai fait un terrible cauchemar. J’ai vu des pelleteuses détruire ce jardin. J’ai vu les dents d’acier broyer une nature fragile. J’ai vu le lieu des souvenirs, le lieu de mémoire de ma famille disparaitre en quelques heures. Ce cauchemar m’a réveillé. Cette vision de la destruction du jardin est prémonitoire. Je sais que lorsque ma mère disparaitra, la maison sera vendue. L’acquéreur sera surement l’un des nombreux promoteurs qui surveillent chaque propriété susceptible d’être vendue. Assurément, cette maison et surtout son jardin, seront transformés en une surface plane constructible. Là où la nature resplendissait de bruit, de couleurs et de parfums, une étendue de terre brune s’offrira au regard. Ce sera la rupture définitive avec la ville où j’ai passé mon enfance. Cette ville où j’ai découvert que le monde était immense et allait bien au-delà des frontières de mon quotidien, cette ville où j’ai découvert que nous étions mortels, cette ville où je me suis plu à soupçonner que la réalité n’était peut être par forcement celle que nos yeux voyaient. Et si tout était décors ? Et si, quelquechose de plus secret nous entourait ?

Ce cauchemar est à l’origine de cette nouvelle. J’ai transmis dans ce texte ma vision de la destruction de ce jardin et mes soupçons sur cette réalité autre que je situe derrière chaque façade et surtout au-delà de l’horizon.

Extrait :

« Après chaque refoulement du cadenas, il s’épuisait à regarder le jardin. Il suivait le chemin de terre battue qui continuait au-delà du portail puis bifurquait au niveau d’un arbre à double tronc reptilien. Protecteur, l’arbre tendait vers le ciel un vaste voilage de verdure sous lequel des arbustes entremêlaient leurs branchages. De cette végétation affleurait un monticule de rocaille en forme pyramidale, mais sans la pointe. Du sommet de ce monticule ruisselait un filet d’eau étrangement silencieux.  Tout le jardin n’était qu’entrelacs de lignes et de courbes. Jaillissement de feuilles et de tiges. Plongeon de lierres. Et puis dans l’air, un parfum frais, entêtant. Les essences des fleurs d’un seringa somnolaient suspendues entre terre et feuillages. »

Les cœurs des Hobenbourg :

Pourquoi ce texte ?

Autre texte rédigé sur la base d’une photographie d’Henri Cartier-Bresson. Un fleuve démonté par une tempête, des barques reliées entre elles par une corde et des hommes le regard grave et le visage fermé. Je les ai imaginé au terme d’une besogne en rapport avec le fleuve. J’ai senti en eux cette envie de retrouver la terre ferme et de ne plus chevaucher le Rhin, cet animal indomptable et violent.

Extrait :

« Leur mission accomplie, les hommes voulaient regagner la berge le plus vite possible. Au péril de leur vie, ils avaient respecté leurs promesses. Mais eux, à la différence des Hobenbourg, n’entretenaient aucun lien de filiation mystique avec le fleuve. Leurs familles les attendaient au village. La terre était leur mère nourricière. Ils lui devaient leur nourriture. Ils lui remettaient leur corps. Le Rhin les effrayait. Trop violent. Trop bruyant. Le fleuve semblait ne jamais vouloir cesser de creuser la terre et de lui arracher des blocs de pierre. Les hommes avaient peur de ce géant immortel. »

Suite de la présentation : http://wp.me/p2E0sL-15

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